Images aléatoires

Mémoires canines

Mardi 28 juin 2005

Cette satanée douleur avait disparue aujourd’hui. Je marchais à ses côtés, sereinement, profitant pleinement de la journée ensoleillée, chaude qui s’offrait à nous, des bruits et des senteurs nouvelles de l’été qui s’amorçait, sans me soucier d’autre chose que de l’accompagner. L’air était doux, il faisait très chaud et j’entendais les piaillements des oiseaux venant d’en haut ; du ciel ou peut-être bien des arbres en fleurs, sous l’ombre desquels nous passions avec délice, profitant allégrement de leur bénéfique protection.

Nous croisâmes quelques groupes de personnes : un couple de papy-mamy, émouvant par leur joie mutuelle et leurs airs ahuris d’enfants, qui semblaient totalement absorbés par la dégustation de tout ce que leurs sens leur permettaient de ressentir et d’apprécier ; une petite famille sympathique nous croisa, les enfants criant joyeusement, se houspillant l’un l’autre sous le regard souriant de leurs parents, comblés de bonheur à contempler le produit exceptionnel de leur amour. Ensuite nous vîmes un gros homme affublé de deux ou trois mentons, je ne m’attardais pas à les dénombrer car je pus difficilement détacher mon regard de l’énorme ballon qu’il semblait cacher sous un t-shirt blanc taché et trop court. Quand nous arrivâmes à sa hauteur, des poils noirs et drus dépassant de dessous le t-shirt blanc et sale m’indiquèrent qu’il ne s’agissait pas d’une balle mais que cette demi-sphère semblait provenir directement de son anatomie. Etrange…

Nous continuâmes sur un trajet que je ne connaissais pas. En fait il me semble que depuis que nous habitions là, nous ne l’avions jamais emprunté.

Je me retournais et le regardais. Il m’aimait, je l’aimais. Cette communion entre nous était affirmée malgré les parfois violentes sautes d’humeur qu’il pouvait avoir. Il était casanier, j’aimais par-dessus tout être dehors, mais nous réussîmes durant toutes ces années à nous accorder et à être heureux, concédant, chacun, une partie de notre existence pour l’autre.

Nous tournâmes dans une rue et une odeur alléchante de viande grillée me fit humer l’air, mais déjà, il s’éloignait vers je ne sais quel but mystérieux. Je le rattrapais donc et le regardais. Il me jeta un rapide coup d’œil et me caressa doucement. Je me sentis heureuse et partit légèrement devant lui, humant toujours cette senteur délicieuse. Il m’appela et, me retournant, je vis qu’il suivait un sentier qui semblait se perdre dans un sous-bois.

L’ombre régnant dans le bois imprégnait l’air d’une odeur douce-âcre d’humidité feutrée. Nous étions si bien.

Nous débouchâmes en une sorte de petite clairière où les rayons du soleil pénétraient à peine. A ce moment-là, tout devint sombre et inquiétant. Je le regardais sortir de la grande poche de son pantalon l’antipode de la liberté. Ce piège tendu et inévitable, comme une Némésis revenue pour mon châtiment. Mais qu’avais-je donc fait ? Ou que n’avais-je pas fait ? Mais mon regard plongé dans le sien je savais qu’il n’existait pas de réponse ; pas de cause, de mobile. Il me passa ce qu’il nommait « laisse » autour du cou et noua l’autre extrémité à un de ces gros arbres possédant mille odeurs. Et il s’en fut. Sans un regard, sans une caresse, sans rien.

Je l’ai regardé jusqu’au bout. J’espérais qu’il se retournerait, qu’il reviendrait. Mais il est parti. J’ai attendu sans comprendre, persuadée qu’il ne pouvait que revenir. Et comme il n’est pas revenu, je me suis couché et me suis endormie.

 

Mémoires canines I (06/2005)

 

« L’abandon, il ne faut pas l’oublier, en plus d’être odieux, est également illégal et en conséquence, puni par la loi. »

(Mirza – 3 ans – Femelle Cocker- Mémoires canines II)

Par Eddie
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Mardi 25 octobre 2005

Jusqu’à il n’y a pas longtemps, j’avais toujours été le chef à la maison ; je choisissais, méthodiquement, l’endroit où je dormais, le moment de manger, l’endroit qui me convenait le mieux pour surveiller, les moments de câlins et les moments de jeux. En fait je n’avais aucune règle imposée, pas de repères et aucune limite. Je creusais – enfin je creuse toujours un peu - des trous dans le jardin comme bon me semble, squattais l’oreiller de la femme qui partage la maison avec moi, sous ma domination tout de même, mais il m’est arrivé pourtant, de lui refuser l’accès au lit. Parfois, il me prenait l’envie de le refuser à quiconque et de me l’approprier pour la nuit. J’y dormais confortablement.
Quand j’avais un creux, il me suffisait de héler la femme qui vit dans ma maison et aussitôt, elle me servait de bons plats, cuisinés avec amour. Quand j’avais envie de jouer, je la sollicitais et elle répondait immédiatement à mon appel ; j’avais vraiment une vie de pacha. Mais je n’étais pas vraiment heureux : aucun horaire, aucune règle, aucune fixité dans ma vie et dans mes habitudes, comme une recherche perpétuelle de place que je n’avais jamais vraiment réussi à délimiter.
Mais un jour, il n’y a pas si longtemps, un homme est arrivé à la maison et essaye depuis, de prendre ma place de chef au sein du logis. Il se permet de lécher la femme qui vit avec moi comme si c’était sa mère, prépare les repas et me sort avec des règles imposées, plutôt strictes et rebutantes. Ce ne fut pas pour me plaire et cela occasionna de nombreuses frictions entre cet importun et moi. Il voulait être le chef mais n’agissait pas en conséquence, ce qui fait que la plupart du temps, je ne savais que faire, ni où me situer. Il criait quand je grimpais sur le canapé dont il clame être le propriétaire mais dînait toujours après moi et me laissait me positionner stratégiquement pour la surveillance de la maison, qui de fait, m’appartenait. Je le sollicitais incessamment pour les caresses, marquant ma dominance sur lui mais il n’acceptait pas que je fouille dans ses affaires, comme l’espèce de chose où il continue, malgré les fouilles que ça m’oblige à entreprendre, à balancer le reste des assiettes après manger.
Bref, nous étions deux chefs à la maison et ça ne pouvait plus durer.
Puis, un homme que je n’avais jamais vu est venu lui rendre visite ; ils ont beaucoup échangé ce jour là ; je les voyais parler en me regardant, puis l’homme que je n’avais jamais vu se levait, expliquait dans un état d’excitation croissant en bougeant les bras et la tête. Il a dû bien expliquer car le « nouveau » chef a changé d’attitude et a trouvé de nouveaux trucs pour m’occuper et m’obliger à obéir…

Mémoires canines III (10/2005)

Par Eddie
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