Cette satanée douleur avait disparue aujourdhui. Je marchais à ses côtés, sereinement, profitant pleinement de la journée ensoleillée, chaude qui soffrait à nous, des bruits et des senteurs nouvelles de lété qui samorçait, sans me soucier dautre chose que de laccompagner. Lair était doux, il faisait très chaud et jentendais les piaillements des oiseaux venant den haut ; du ciel ou peut-être bien des arbres en fleurs, sous lombre desquels nous passions avec délice, profitant allégrement de leur bénéfique protection.
Nous croisâmes quelques groupes de personnes : un couple de papy-mamy, émouvant par leur joie mutuelle et leurs airs ahuris denfants, qui semblaient totalement absorbés par la dégustation de tout ce que leurs sens leur permettaient de ressentir et dapprécier ; une petite famille sympathique nous croisa, les enfants criant joyeusement, se houspillant lun lautre sous le regard souriant de leurs parents, comblés de bonheur à contempler le produit exceptionnel de leur amour. Ensuite nous vîmes un gros homme affublé de deux ou trois mentons, je ne mattardais pas à les dénombrer car je pus difficilement détacher mon regard de lénorme ballon quil semblait cacher sous un t-shirt blanc taché et trop court. Quand nous arrivâmes à sa hauteur, des poils noirs et drus dépassant de dessous le t-shirt blanc et sale mindiquèrent quil ne sagissait pas dune balle mais que cette demi-sphère semblait provenir directement de son anatomie. Etrange
Nous continuâmes sur un trajet que je ne connaissais pas. En fait il me semble que depuis que nous habitions là, nous ne lavions jamais emprunté.
Je me retournais et le regardais. Il maimait, je laimais. Cette communion entre nous était affirmée malgré les parfois violentes sautes dhumeur quil pouvait avoir. Il était casanier, jaimais par-dessus tout être dehors, mais nous réussîmes durant toutes ces années à nous accorder et à être heureux, concédant, chacun, une partie de notre existence pour lautre.
Nous tournâmes dans une rue et une odeur alléchante de viande grillée me fit humer lair, mais déjà, il séloignait vers je ne sais quel but mystérieux. Je le rattrapais donc et le regardais. Il me jeta un rapide coup dil et me caressa doucement. Je me sentis heureuse et partit légèrement devant lui, humant toujours cette senteur délicieuse. Il mappela et, me retournant, je vis quil suivait un sentier qui semblait se perdre dans un sous-bois.
Lombre régnant dans le bois imprégnait lair dune odeur douce-âcre dhumidité feutrée. Nous étions si bien.
Nous débouchâmes en une sorte de petite clairière où les rayons du soleil pénétraient à peine. A ce moment-là, tout devint sombre et inquiétant. Je le regardais sortir de la grande poche de son pantalon lantipode de la liberté. Ce piège tendu et inévitable, comme une Némésis revenue pour mon châtiment. Mais quavais-je donc fait ? Ou que navais-je pas fait ? Mais mon regard plongé dans le sien je savais quil nexistait pas de réponse ; pas de cause, de mobile. Il me passa ce quil nommait « laisse » autour du cou et noua lautre extrémité à un de ces gros arbres possédant mille odeurs. Et il sen fut. Sans un regard, sans une caresse, sans rien.
Je lai regardé jusquau bout. Jespérais quil se retournerait, quil reviendrait. Mais il est parti. Jai attendu sans comprendre, persuadée quil ne pouvait que revenir. Et comme il nest pas revenu, je me suis couché et me suis endormie.
Mémoires canines I (06/2005)
« Labandon, il ne faut pas loublier, en plus dêtre odieux, est également illégal et en conséquence, puni par la loi. »
(Mirza 3 ans Femelle Cocker- Mémoires canines II)




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