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Jusqu’à il n’y a pas longtemps, j’avais toujours été le chef à la maison ; je choisissais, méthodiquement, l’endroit où je dormais, le moment de manger, l’endroit qui me convenait le mieux pour surveiller, les moments de câlins et les moments de jeux. En fait je n’avais aucune règle imposée, pas de repères et aucune limite. Je creusais – enfin je creuse toujours un peu - des trous dans le jardin comme bon me semble, squattais l’oreiller de la femme qui partage la maison avec moi, sous ma domination tout de même, mais il m’est arrivé pourtant, de lui refuser l’accès au lit. Parfois, il me prenait l’envie de le refuser à quiconque et de me l’approprier pour la nuit. J’y dormais confortablement.
Quand j’avais un creux, il me suffisait de héler la femme qui vit dans ma maison et aussitôt, elle me servait de bons plats, cuisinés avec amour. Quand j’avais envie de jouer, je la sollicitais et elle répondait immédiatement à mon appel ; j’avais vraiment une vie de pacha. Mais je n’étais pas vraiment heureux : aucun horaire, aucune règle, aucune fixité dans ma vie et dans mes habitudes, comme une recherche perpétuelle de place que je n’avais jamais vraiment réussi à délimiter.
Mais un jour, il n’y a pas si longtemps, un homme est arrivé à la maison et essaye depuis, de prendre ma place de chef au sein du logis. Il se permet de lécher la femme qui vit avec moi comme si c’était sa mère, prépare les repas et me sort avec des règles imposées, plutôt strictes et rebutantes. Ce ne fut pas pour me plaire et cela occasionna de nombreuses frictions entre cet importun et moi. Il voulait être le chef mais n’agissait pas en conséquence, ce qui fait que la plupart du temps, je ne savais que faire, ni où me situer. Il criait quand je grimpais sur le canapé dont il clame être le propriétaire mais dînait toujours après moi et me laissait me positionner stratégiquement pour la surveillance de la maison, qui de fait, m’appartenait. Je le sollicitais incessamment pour les caresses, marquant ma dominance sur lui mais il n’acceptait pas que je fouille dans ses affaires, comme l’espèce de chose où il continue, malgré les fouilles que ça m’oblige à entreprendre, à balancer le reste des assiettes après manger.
Bref, nous étions deux chefs à la maison et ça ne pouvait plus durer.
Puis, un homme que je n’avais jamais vu est venu lui rendre visite ; ils ont beaucoup échangé ce jour là ; je les voyais parler en me regardant, puis l’homme que je n’avais jamais vu se levait, expliquait dans un état d’excitation croissant en bougeant les bras et la tête. Il a dû bien expliquer car le « nouveau » chef a changé d’attitude et a trouvé de nouveaux trucs pour m’occuper et m’obliger à obéir…
Mémoires canines III (10/2005)
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